mardi 15 novembre 2011

Céline : les usines Ford à New York en 1930

Charlie Chaplin, Les Temps Modernes

Dans les années 1930, le narrateur se fait engager dans les usines Ford à Detroit, aux États-Unis.

« Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon! Vous n'êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu'on vous commandera d'exécuter. .. Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans notre usine. C'est de chimpanzés dont nous avons besoin ... Un conseil encore. Ne nous parlez plus jamais de votre intelligence! On pensera pour vous mon ami! Tenez-vous-Ie pour dit ».
Il avait raison de me prévenir. Valait mieux que je sache à quoi m'en tenir sur les habitudes de la maison. Des bêtises, j'en avais assez à mon actif tel quel pour dix ans au moins. Je tenais à passer désormais pour un petit peinard. Une fois rhabillés, nous fûmes répartis en files traînardes, par groupes hésitants en renfort vers ces endroits d'où nous arrivaient les fracas énormes de la mécanique. Tout tremblait dans l'immense édifice et soi-même des pieds aux oreilles possédé par le tremblement, il en venait des vitres et du plancher et de la ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables. À mesure qu'on avançait on les perdait les compagnons. On leur faisait un petit sourire à ceux-là en les quittant comme si tout ce qui se passait était bien gentil. On ne pouvait plus ni se parler ni s'entendre. Il en restait à chaque fois trois ou quatre autour d'une machine.
On résiste tout de même, on a du mal à se dégoûter de sa substance, on voudrait bien arrêter tout ça pour qu'on y réfléchisse, et entendre en soi son cœur battre facilement, mais ça ne se peut plus. Ça ne peut plus finir. Elle est en catastrophe cette infinie boîte aux aciers et nous on tourne dedans et avec les machines et avec la terre. Tous ensemble ! Et les mille roulettes et les pilons qui ne tombent jamais en même temps avec des bruits qui s'écrasent les uns contre les autres et certains si violents qu'ils déclenchent autour d'eux comme des espèces de silences qui vous font un peu de bien. (…)
Les ouvriers penchés soucieux de faire tout le plaisir possible aux machine vous écœurent, à leur passer les boulons au calibre, et des boulons encore; au lieu d'en finir une fois pour toutes, avec cette odeur d'huile, cette buée qui brûle les tympans et le dedans des oreilles par la gorge .C' est pas la honte qui les fait baisser la tête .On cède au bruit comme on cède a la guerre. On se laisse aller aux machines avec les trois idées qui restent à vaciller tout en haut derrière le front de la tête. C'est fini. Partout ce qu'on regarde, tout ce que la main touche, c'est dur à présent. Et tout ce dont on arrive à se souvenir encore un peu est raidi aussi comme du fer et n'a plus de goût dans la pensée.
On est devenu salement vieux d'un coup. Il faut abolir la vie du dehors, en faire aussi d’elle de l’acier, quelque chose d’utile. On l’aimait pas assez telle qu’elle était, c’est pour ça. Faut en faire un objet donc, du solide, c’est la Règle.

Louis Ferdinand CÉLINE, Voyage au bout de la nuit, Éditions Denoël,1932.

Dans un développement rédigé, confrontez le document iconographique tiré des Temps modernes de Charlie Chaplin à cet extrait du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.

vendredi 28 octobre 2011

2. Le tableau comparatif

Etonnants voyageurs
Claude Levi Strauss
Paul Nizan
Une tradition littéraire et artistique (Baudelaire, Delacroix…) a célébré l’Orient en proposant aux Occidentaux des images de lui aussi multiples que rêvés.
Depuis que l’uniformité de la civilisation occidentale s’est emparée du monde, la tradition littéraire qui célébrait les voyages
n’est plus pertinente. C’est en réalité une duperie, un mensonge (dernier §)
Les récits de voyage romantiques (1820/2827) grâce auxquels le christianisme songeait à se régénérer ne sont que de pieux mensonges.
Cette tradition a  fait de l’Orient un objet de fantasmes ou de peurs
Cette tradition avait développé un « coffret de promesses » à propos des voyages. Mais nos désirs « sont mortifiés »
Cette tradition était faite d’exotisme, de multiples panoramas, de rêves illusoires de salut. A l’expérience, elle se révèle illusoire, comme une quête sans cesse reconduite.
La réalité géographique de l’Orient est complexe (proche, moyen et extrême)
Tous les continents (Polynésie, Asie, Afrique, Amazonie, Océanie) sont touchés.
Mer Rouge, Océan Indien, delta du Nil, Ethiopie : partout le commerce du pétrole et des épices impose une même réalité décevante
L’Orient, c’est l’altérité absolue : sa sagesse s’opposerait à notre raison, sa sensualité à notre morale, son respect des traditions à notre religion du progrès.
La civilisation occidentale s’est ainsi imposée partout, pas toujours de façon heureuse. C’est la contrepartie désastreuse du progrès, que nous retrouvons dorénavant partout.
La société française s’est construite à partir du sédentarisme. C’est une culture paysanne à laquelle Nizan se dit attaché. C’est aussi une culture politique de défense du sol.
En réalité, Orient et Occident se fascinent et  s’inquiètent mutuellement.
L’ordre et l’harmonie règnent en Occident au prix de l’élimination du reste des cultures.
L’occident possède pourtant de nombreux mythes liés au voyage (Thésée, la reine de Saba, et le dernier dans l’Hadès). Face à cette tradition sédentaire s’est aussi développée une tradition conquérante que Nizan condamne.
La mondialisation des échanges débouchera-t-elle sur une confrontation finale ou une réconciliation ?
L’humanité tout entière s’installe dans la monoculture.
Le voyage est une « suite de disparitions irréparables »
Les organisateurs de  Etonnants voyageurs sont enthousiastes quant à l’aspect légendaire de l’Orient et s’interroge sur  le devenir de la relation entre l’Occident et l’Orient
Les récits de voyages occultent la réalité désastreuse de l’instauration de cette monoculture.
Vouloir faire d’un autre lieu que le pays natal un chez soi est soit « un défi au bon sens », soit une forme de naïveté politique.

Un tableau comparatif permet de structurer correctement la synthèse en reprenant les arguments de chacun des textes du dossier  (ici, les trois premiers textes du dossier sur le voyage) .
Il permet de lire de façon verticale  le déroulement argumentatif de chaque  texte  (une colonne par texte) et de façon verticale ce que chacun des textes avance de chaque argument.
On les rassemble en tenant compte de ce qui s’oppose, se répète, se ressemble.  Cela permet ensuite de grouper les remarques de chaque auteur  par paragraphe.
Le tableau comparatif est une étape indispensable pour établir la problématique et le plan de votre synthèse.
Établir la problématique et le plan forment les deux aspects d'une même démarche, puisqu'on ne peut construire de plan sans problématique préétablie, et que  toute problématique bien posée appelle une logique (un plan) pour être solutionnée. Les deux aspects forment donc une même étape, qui est l’étape suivante de l’élaboration d’une synthèse. 

jeudi 13 octobre 2011

Quand tu aimes, il faut partir

A rendre pour le mardi 18 Octobre

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises


II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre


Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends


Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler


Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en


Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde


Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars

1) Qui est Blaise Cendrars
2) En quoi le texte de Cendrars est-il encore romantique ? En quoi ne l'est-il déjà plus ?
3) Identifiez des arguments que l'on pourrait placer en regard des trois autres textes (Etonnants Voyageurs, Levi-Strauss, Paul Nizan) dans le tableau comparatif de la synthèse.

mardi 4 octobre 2011

Aden Arabie,Paul Nizan

Qu'on ne me refasse plus le tableau séduisant des voyages poétiques et sauveurs, avec leurs fonds marins, leurs monceaux de pays et leurs personnages étrangement vêtus devant des forêts, des montagnes, des cimes couvertes de neiges éternelles, et des maisons de trente étages.
Je sais à quoi m'en tenir sur les départs dont on parlait en France entre mil neuf cent vingt et mil neuf cent vingt-sept, images déteintes de la vieille mort chrétienne au monde, renonciations au monde contre les promesses les plus solennelles du Bon Dieu, qui parlait d'une recréation, de nouvelles arènes où toute la vie serait complètement restituée. Profusion de visions, de surprises, d'incidents révélés. Abondance de divinités.
Je suis un Français paysan : j'aime les  champs, j'aime même un seul champ, je m'en contenterais pour le reste de mes jours pourvu qu'il y passe des voisins. Je ne veux pas connaître l'absence d'espoir des vagabonds : cela aussi, j'ai su ce que c'était  sur les côtes de la mer Rouge, de l'océan Indien, dans le delta du Nil et ailleurs.  Il fallut de temps en temps me défendre des voyages en regardant Aden (1) comme mon champ, bien que cet effort fût un défi au bon sens. 
Récifs pour récifs, j'aime mieux la terre.
Je rejette les navigations et les itinéraires. On a toujours l'impression qu'on est debout au sommet de quelque chose, qu'on a autour de soi de grandes pentes presque verticales au bas desquelles on roulera, au bas desquelles on se perdra. Tout vous est arraché; les escales arrivent, on descend sur les quais, on espère posséder une ville, des habitants. Pensez-vous ! Le bateau repart, vous avez une fois encore perdu une place humaine et une belle occasion de rester tranquille. C'est le vrai voyage, où l'on referme, comme un coupable dans l'Hadès, ses bras étendus sur la fumée des navires, des brouillards de lumière. Le voyage est une suite de disparitions irréparables.
Renonçons à conquérir des archipels désirables, producteurs de pétroles ou d'épices, où la poésie place de très hautes femmes debout dans des robes de couleur, des soeurs d'Ariane ramassant des fruits de mer, et guettant les descendants de Thésée. En mil neuf cent vingt six, j'ai entendu des gens de commerce parler avec une émotion véritablement sincère de l'entrevue de Salomon et de la reine de Saba, du royaume de Balkis et de la Côte des Aromates. Ils croyaient que ces royaumes sont à leur porte, et il est permis d'espérer qu'un archéologue sensible aux éléments fantastiques de sa science se mette à la recherche d'Ophir, entre Aden et Dafar.
Mais moi, je ne me condamnerai pas à l'enfer des voyages, qu'Ariane meure en paix. Mes ennemis ne peuvent pas compter sur cette naïveté de ma part.

(1) Aden : Ville du Yemen, port naturel, où Nizan se rendit et qui donna en 1931 son titre à son récit, Aden Arabie.


QUESTIONS :   (une trentaine de lignes)

1) Qui est Paul Nizan ? (une dizaine de lignes retenant ce qui vous parait le plus significatif)
2) Elucidez les références culturelles soulignées dans le texte.
3) Quel est le reproche principal que Nizan adresse au voyage ? Comment comprenez-vous la dernière phrase du texte ? 

jeudi 29 septembre 2011

Correction de l’exercice d’écriture 1


Alors que le texte de Jacqueline de Romilly brille par son style littéraire, celui de l’OCDE se déploie sur un ton purement administratif. Là où l’helléniste parsème son discours de figures de rhétorique, les techniciens de l’OCDE s’en tiennent à des recommandations au premier degré. C’est que les deux textes ne s’adressent pas au même lectorat : le premier est un essai destiné au grand public et publié par Julliard ; le second est un rapport plus confidentiel à l’attention de quelques technocrates.
SI les deux textes évoquent un même thème, l’éducation, l’un parle d’enseignement au sens traditionnel, l’autre de formation dans une acception professionnelle. Dès lors, ils ne peuvent que s’opposer quant à la visée essentielle et au contenu de cette éducation ; Pour Jacqueline de Romilly, l’école doit clairement, grâce à un  détour par les humanités classiques et la connaissance du monde grec, accoucher de citoyens libres et cultivés ; pour elle l’Etat est en quelque sorte la finalité ultime de l’enseignement. Pour les penseurs de l’OCDE, ce dernier n’est plus qu’un simple agent qui se partage avec d’autres (employeurs et étudiants) le coût global de la formation des gens. C’est que la visée de la formation préconisée n’est pas l’intégration à la cité, mais l’insertion dans l’entreprise et le marché de l’emploi.
Dès les premiers mots (« pour assurer une sortie de crise durable ») les auteurs du rapport de l’OCDE se présentent immergés dans les temps présents, tandis que Jacqueline de Romilly propose au contraire de « faire un détour », voire de prendre du recul  (« il faut du temps) ou une certaine hauteur, loin des « petits énarques » et des « petits syndiqués ».  Malgré les deux décennies qui séparent ces deux textes, on sent bien qu’ils s’inscrivent dans un débat plus large encore que ces deux dates (1984 et 2009). Lorsque Jacqueline de Romilly nous avoue « qu’elle reste convaincue », nous comprenons que, déjà, la contradiction faisait rage. Et dans l’accumulation des propositions et l’insistance des formulations des rapporteurs, nous  sentons bien que de nos jours, le débat n’est pas clos
On est finalement enclin à se demander s’il est aussi légitime que cela de le poser en des termes aussi contradictoires : un seul enseignement ne pourrait-il pas contenir cette part d’éducation « aux choses de l’esprit » que défend Jacqueline de Romilly et cette formation aux exigences de la compétition professionnelle que préconise l’OCDE ? L’opposition entre l’adaptation aux exigences de son temps et la perméabilité aux cultures du passé est-il si radicale ?  Telles sont les questions qu’à la lecture de ces documents un lecteur attentif est in fine en droit de se poser.

vendredi 23 septembre 2011

Référentiel & descriptif de l'épreuve

 Le but de l’enseignement du français dans les sections de techniciens supérieurs est de donner aux étudiants la culture générale dont ils auront besoin dans leur vie professionnelle et dans leur vie de citoyen et de les rendre aptes à une communication efficace à l’oral et à l’écrit.

Culture générale :


La culture générale est développée par la lecture de tout type de textes et de documents (presse, essais, œuvres littéraires, documents iconographiques, films) en relation avec les questions d’actualité rencontrées dans les médias, les productions artistiques, les lieux de débat.
En première année, le choix des thèmes de réflexion, des textes et documents d’étude est laissé à l’initiative du professeur.
En deuxième année, deux thèmes sont étudiés. Ces thèmes, dont l’un est renouvelé chaque année, font l’objet d’une publication au B.O. Cette publication précise un intitulé, une problématique et des indications bibliographiques qui orientent et délimitent la problématique de chaque thème.

Expression :


Une communication efficace à l’oral et à l’écrit suppose la maîtrise d’un certain nombre de capacités et de techniques d’expression. Cette maîtrise suppose, à son tour, une connaissance suffisante de la langue (vocabulaire et syntaxe) et une aptitude à la synthèse pour saisir avec exactitude la pensée d’autrui et exprimer la sienne avec précision.
Des exercices variés concourent à cette maîtrise : débat oral, exposé oral, analyse des interactions verbales ; analyse et résumé d’un texte, comparaison de textes plus ou moins convergents ou opposés, étude logique d’une argumentation, constitution et analyse d’une documentation, compte rendu d’un livre lu, composition d’une synthèse à partir de textes et de documents de toute nature, rédaction d’un compte rendu, d’une note, d’une réponse personnelle à une question posée, d’une argumentation personnelle.


Épreuve écrite :

Le jour de l'examen, on propose trois à quatre documents de nature différente (textes littéraires, textes non littéraires, documents iconographiques, tableaux statistiques, etc.) choisis en référence à l’un des deux thèmes inscrits au programme de la deuxième année de BTS. Chacun d’eux est daté et situé dans son contexte.



 Première partie : synthèse (notée sur 40)
Le candidat rédige une synthèse objective en confrontant les documents fournis.


 Deuxième partie : écriture personnelle (notée sur 20)
Le candidat répond de façon argumentée à une question relative aux documents proposés.
La question posée invite à confronter les documents proposés en synthèse et les études de documents menées dans l’année en cours de “Culture générale et expression”.
La note globale est ramenée à une note sur 20 points.
Durée : 4 heures (y compris le temps de lecture du sujet).

dimanche 18 septembre 2011

Les classes grammaticales en français

Pour retenir les classes grammaticales, grouper d'abord les cinq classes variables, celles du groupe nominal (noms, déterminants, adjectifs qualificatifs et pronoms) qui varient en genres et en nombres ainsi que le verbe qui varie en personnes, temps, modes. 
Mémoriser ensuite les 5 invariables (adverbes, prépositions, conjonctions de coordination, conjonctions de subordination, interjections et onomatopées) auxquelles on peut rajouter les noms propres qui, bien qu'appartenant à la classe des noms forme un sous-groupe à part : ils ne sont jamais déterminés (sauf parler populaire) et sont invariables.