jeudi 21 octobre 2010

Les êtres-jardin et les êtres cour


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dessin d'Auguste Ravier

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photographie de Guillaume Péronne






Antoine de Saint-Exupéry a écrit cette lettre à Mme François de Rose quelques trois mois tout juste avant de disparaître en vol, le 31 juillet 1944. Elle est publiée dans l’édition folio des Ecrits de guerre, n° 2573.

Je vous remercie, chère Yvonne, pour beaucoup de choses. Je ne sais pas dire lesquelles (les choses qui comptent sont invisibles…) mais j’ai ans doute raison puisque j’ai envie de vous remercier.
Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait ça. On ne remercie pas un jardin. Et moi, j’ai toujours divisé l’humanité en deux parties. Il y a les Etres-jardin et il y a les Etres-cour. Ils promènent leur cour avec eux, ceux-là, et vous font étouffer entre leurs quatre murs. Et on est bien obligé de parler avec eux pour faire du bruit. C’est pénible, le silence, dans une cour.
Mais dans les jardins, on se promène. On peut se taire et respirer ; On est à l’aise. Et les surprises heureuses viennent tout simplement au-devant de vous. On n’a rien à chercher. Un papillon, un scarabée, un ver luisant se montrent. On ne sait rien sur la civilisation du ver luisant. On rêve. Le scarabée a l’air de connaître où il va. Ca, c’est étonnant e t l’on rêve encore. Puis le papillon. Quand il se pose sur une large fleur, on se dit : c’est pour lui comme s’il se posait sur une terrasse de Babylone, un jardin suspendu qui se balancerait… Puis on se tait à cause de trois ou quatre étoiles.
Non, je ne vous remercie pas du tout. Vous êtes comme vous êtes. Simplement, j’ai envie de me promener encore chez vous.
J’ai aussi pensé à autre chose. Il y a les gens route nationale et il y a les gens sentiers. Les gens route nationale m’ennuient. Je m’ennuie sur le macadam parmi les bornes kilométriques. Ils marchent vers quelque chose de bien précis. Un gain, une ambition. Le long des sentiers, au lieu de bornes kilométriques, il y a des noisetiers. Et l’on flâne pour croquer des noisettes. On est là pour être là. A chaque pas, on est là pour être là, non pour ailleurs. Mais il n’y a absolument rien à tirer des bornes kilométriques. (…)
Je me fais vieillard à barbe blanche qui hoche la tête. Comme si je regrettais une jeunesse vécue sur les chars à bœufs. J’ai dû être, autrefois, roi mérovingien. Cependant j’ai couru toute ma vie. Mais je suis un peu las de courrir. (Peut-être qu’il n’y a qu’un r à courir ?) Je comprends aujourd’hui seulement un certain proverbe chinois « Trois choses ruinent l’ascension de l’esprit. Primo le voyage … » Et ce mot que m’a dit vingt fois Derain : « Je n’ai connu que trois grands hommes véritables. C’étaient trois illettrés. Un berger savoyard, un pêcheur, un mendiant. Ils n’étaient jamais sortis de chez eux. Ce sont les trois seuls hommes qui, de toute ma vie, ont forcé mon estime… »
Et puis ce mot ravissant de la pauvre José Laval, retour des Etats-Unis, qui me disait : Je suis contente de revenir. Je ne suis pas à l’échelle des gratte-ciel, moi. Je suis à l’échelle des ânes.
Et moi, j’ai une indigestion des bornes kilométriques. Et ça ne mène à rien. Il serait tout de même temps de naître.
En attendant la vocation de Solesmes (c’est bien beau le chant grégorien) ou du monastère tibétain, ou du métier de jardinier, je recommence à tirer des manettes de gaz et, à six-cents kilomètres heure, de n’aller nulle part...

Saint-Exupéry, « Lettre à madame François de Rose » (mai 1944)

mercredi 13 octobre 2010

6.. Introduire et conclure

 Contrairement à une idée reçue, l’introduction, comme la conclusion, sont les étapes du devoir qui se rédigent en dernier. Comment savoir, en effet, ce que l’on va dire dans une introduction si le devoir lui-même n’est pas rédigé ? On ne peut introduire efficacement à une pensée que si cette dernière est déjà clairement posée sur le papier. Il convient donc de laisser une bonne dizaine (voire quinzaine) de lignes vides, sur lesquelles on revient à la fin.

De quoi se compose une bonne introduction ?

Dans un ordre précis, le correcteur doit trouver tous ces éléments dans votre introduction, afin de voir tout de suite si vous avez compris le dossier et si vous avez adopté une démarche logique pour le traiter :
-      Une phrase d’amorce qui annonce le thème général de la synthèse. Cette phrase doit si possible évitée les formules toutes faites du type de tous temps ou depuis toujours l'homme... Visez plutôt la simplicité et l'efficacité, songez à la manière dont un présentateur introduit en quelques mots un thème à la téle. La phrase d'amorce peut être formulée de façon déclarative ou interrogative. 
-      La présentation succincte des documents (auteur, titre, année de parution). 
-    La présentation de la démarche et de la problématique du dossier : c'est cette partie qui a le plus besoin, bien sûr, d'avoir été préparée. Choisissez une formule simple pour présenter votre problématique : soit une question directe, soit une interrogative indirecte ( A la relecture de ces documents, on se demandera si...). La même phrase doit se retrouver dans la conclusion, moment de prendre congé de votre lecteur. 
-  L’Annonce du plan. Soyez très didactique ( on verra dans un premier temps, on se demandera si dans un second), et choisissez des termes simples et pertinents pour exprimer ce dont vous allez parler dans chaque partie. 

Rappelez vous qu'une introduction bien rédigée doit impérativement donner une idée nette de votre devoir, de votre compréhension du dossier et de la manière dont vous l'avez abordé.  
Rédiger une conclusion soignée :
La conclusion contient la dernière impression que vous laissez de vous dans votre devoir ( sérieux ou désinvolte ? méthodique ou désorganisé ?), aussi doit-elle être à son tour pensée et  entièrement rédigée (une dizaine de lignes)
-          Rappel de la problématique énoncée en introduction  (On s’était demandé si…=
-          Résumé rapide du parcours (On a pu voir que…=
-          Ouverture sur la discussion à venir.

Tous ces éléments sont à prendre en compte car ils sont tous à leur façon déterminants dans l’évaluation de l’exercice. Le BTS est un examen visant à la professionnalisation. Même si cette épreuve relève des matières générales, vous devez aussi  vous y montrer sous un jour professionnel pour espérer une note correcte.

dimanche 3 octobre 2010

4. Rédiger le développement

Rédiger un développement structuré ne peut se faire que si l’on sait où l’on va, autrement  dit lorsque on a sous les yeux la structure ou le squelette du devoir, c’est à dire une stratégie véritablement réfléchie et un plan déjà solidement composé.
Chacune des grandes idées traitées constituent une sous-partie, elle-même selon son importance pouvant contenir plusieurs paragraphes.
Le propos est de rendre compte de ce que chaque document du dossier dit de l’argument traité. Pour cela, on peut rassembler les idées de chaque auteur selon trois principes : celles qui se répètent (X et Y peuvent être sensiblement d’un même avis sur la question), celles qui s’opposent fermement, et celles qui se ressemblent.

Il est fortement déconseillé de recopier des phrases entières de chaque texte. Votre travail ressemblerait alors à un patchwork de citations absolument illisible  Il convient donc de reformuler ce que disent les auteurs, en suivant une méthode qui est expliquée ICI, et en utilisant le discours indirect. Il faut évidemment éviter la monotonie en variant le plus possible les verbes introducteurs (voir fiche ICI)
Il est conseillé de sauter une ligne entre chaque paragraphe, deux entre chaque partie. Les titres provisoirement donnés aux parties et sous-parties dans le plan détaillé doivent disparaître, remplacées par des phrases d’introduction rédigées.